Les expériences journalistiques qui ont marqué 2009

La crise que traverse la presse est aussi un formidable catalyseur d’expérimentations et d’innovations. En 2009, on n’a pas arrêté de parler de fermetures, de suppressions de postes, de départs volontaires, de recapitalisation dans les journaux et les sites Internet. Mais 2009, c’est également une année extrêmement féconde tant sur le plan des nouvelles formes de reportage (comme les webdocumentaires), qu’au niveau des relations avec les lecteurs (Africascopie) ou des modèles économiques. Surprenant, rassurant ou inquiétant, petit florilège (non exhaustif) de ce qui m’a semblé de plus marquant pour cette année.


  • Spot.us fête ses 1 an :

Lancé il y a un an grâce aux 5 millions de dollars d’aide de la Knight Foundation, Spot.us est une plateforme à but non lucratif permettant aux internautes de financer des enquêtes et des reportages. Une personne (un internaute comme un journaliste pigiste) commence par proposer une idée de sujet d’enquête et de reportage. Puis, des journalistes font un premier synopsis sur le thème, évaluant notamment l’argent nécessaire pour la réalisation de l’article. Enfin, les internautes décident de donner de l’argent ou non et financent ainsi uniquement les articles qui les intéressent. Depuis 2008, 43 articles ont été financés par ce nouveau modèle économique. Des articles qui peuvent ensuite être rachetés par des médias traditionnels comme le New York Times. Au début, les sujets concernaient uniquement la baie de San Francisco mais depuis septembre, la zone de couverture du site s’est étendue à Los Angeles. En France, Glifpix (avec qui j’ai travaillé un temps) devrait sortir un site d’information s’appuyant sur ce modèle en 2010.

  • Politico.com chasse désormais sur les terres du Washington Post :

En janvier 2007, des journalistes de renom lancent aux Etats-Unis un nouveau média spécialisé dans la politique. Une quarantaine de journalistes particulièrement expérimentés et au carnet d’adresses étoffé se retrouvent pour traiter de l’actualité du Congrès, du lobbying américain et du président. John F. Harris, le nouveau rédacteur en chef, vient par exemple du Washington Post. La particularité de Politico.com, c’est également de proposer une version papier du site une à trois fois par semaine lors des sessions du Congrès. Un magazine distribué gratuitement à plus de 30 000 exemplaires. Financé uniquement par la publicité, ce nouveau média est la propriété du groupe Allbritton Communications. Les journalistes de Politico.com interviennent donc régulièrement sur les chaînes de télévision du groupe. Très vite rentable, Politico.com doit lancer l’année prochaine un site d’informations locales, concurrençant ainsi directement le mythique Washington Post.

  • Africascopie, webreportage participatif en Afrique :

Deux journalistes français, Jean Abbiateci et Antonin Sabot, ont réalisé pendant 3 semaines (du 19 octobre au 7 novembre 2009) des webreportages participatifs sur le blog Africascopie. Le but : observer la révolution numérique dans deux pays d’Afrique : le Mali et le Sénégal. La nouveauté : des internautes de la communauté francophone africaine (grâce à un partenariat avec RFI) ont pu commenter, proposer des sujets, apporter leurs témoignages en temps réel. Il ne s’agit pas de la première expérience de ce type mais ce genre d’initiative est suffisamment rare pour être signalée.

  • Les webdocumentaires primés :

Le webdocumentaire est un format qui combine sur Internet du texte, des photos, des sons et de la vidéo et qui se distingue par son côté interactif voire participatif. Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille le très bon mémoire sur la question d’un étudiant du Celsa. Après quelques succès d’audience, c’est l’âge de la reconnaissance. Au début de l’année 2009, Gaza – Sderot : la vie malgré tout remporte le Prix Europa du « Best European Emerging Media Project of the Year 2008″. Signe de cette nouvelle vogue (jeu de mots pourri, désolé), un Prix est créé pour La Nuit des médias (le « Prix pour la Révélation Nuit des médias 2009 ») afin de récompenser « un projet pensé et réalisé pour être diffusé sur les différents supports : mobile, TV, internet ». Une fois encore, c’est le webdocumentaire réalisé pour Arte qui rafle la mise. Cet été, un webdocumentaire est également primé pour la première fois au festival Visa pour l’image de Perpignan dans la cadre d’un partenariat avec RFI et France24. Le corps incarcéré, réalisé pour Lemonde.fr et qui a remporté le Prix, raconte le quotidien de prisonnier français en partant de la thématique du corps. Si la définition et la forme du webdocumentaire n’est pas encore très précise, elle « est l’un des nouveaux débouchés pour les journalistes de terrain », confiait l’un des instigateurs du Prix dans une interview. Par ailleurs, je tenais également à vous faire découvrir un webdocumentaire particulièrement complet : Cali, la ciudad que no duerme (c’est en espagnol mais même pour les non hispanophones ca vaut le coup d’œil).

  • Un journal papier à la demande en Allemagne :

Imaginez un journal avec les pages économiques du Figaro et des Echos, les pages de la rubrique « international » du Monde et du Courrier international, les pages Football de L’Equipe, les pages Culture de Libération et des Inrocks ou encore les meilleurs posts des blogueurs sur les médias. Vous en rêviez, niiu l’a fait… pour les Berlinois. Les lecteurs de ce journal distribué depuis novembre dernier ont ainsi la possibilité de sélectionner leurs informations parmi 500 sources partenaires (comme l’International Herald Tribune, Bild ou encore Kicker). Les deux fondateurs du site, 27 ans à peine, comptent sur la vente d’espaces publicitaires ultra-ciblés pour se financer.

  • Le Miami Herald demande à ses lecteurs de faire des dons en fonction des articles qu’ils ont aimé :

Le quotidien de Floride, en proie à des difficultés économiques, cherche de nouvelles sources de financement et tente de mettre à contribution ces internautes depuis décembre 2009. En bas de chaque article, ces derniers sont incités à faire des dons au journal en faisant chauffer leur CB.

  • Le Huffington Post lance un fonds destiné à financer le journalisme d’investigation :

Créé en 2009, le « HuffFund » est notamment financé via un partenariat avec une fondation philanthropique. Il permet de faire vivre une rédaction permanente d’une dizaine de journalistes, plus quelques pigistes. Pour plus de détails, lisez cet article de TheMediaTrend. Le Huffington Post, lancé en 2005, est un site d’information généraliste régulièrement loué pour la qualité de son contenu. Cet été, il avait mis en place sur son site un « Facebook connect ». Les internautes peuvent ainsi s’identifier et bénéficier de toutes les fonctionnalités communautaires du site simplement en se connectant via son compte facebook (qui, revers de la médaille, transmet alors toutes nos informations au journal en question). Le dispositif du premier réseau social de la planète aurait déjà séduit plus de 80 000 sites.

  • Des articles écrits automatiquement par un logiciel :

La fin d’un monde? Pas encore mais l’initiative est troublante. Le Stats Monkey, c’est le nom du logiciel, lit tous les articles des blogs et des sites d’informations pour savoir ce qui est important dans l’actualité du jour. Une fois la hiérarchisation faite, il génère automatiquement un texte. On doit ce nouveau Frankenstein au laboratoire InfoLab de la Faculté de Sciences appliquées de la Northwest University (Illinois). D’un point de vue technologique, c’est bluffant. Par contre, on se demande quand même si la programmation d’un tel logiciel n’a pas été facilitée par l’uniformisation des contenus, des angles et l’éloignement de plus en plus important du terrain… Vous trouverez une très bonne analyse du problème ici.

  • Madmagz : créer son magazine automatiquement en quelques clics

Dans la lignée du Stats Monkey (voir ci-dessus), je suis tombé par hasard il y a quelques jours sur ce site : Madmagz.com. Lancé officiellement par la start-up « La Fée du net » le 25 décembre, il vous propose de créer gratuitement votre propre magazine « feuilletable » par tous sur Internet. Pour publier une version papier, ça devient payant. Je n’ai pas encore eu le temps de réaliser un vrai test mais la qualité des magazines semble vraiment bonne. Madmagz, soutenu par la région Ile-de-France et l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), paraît avant tout viser les journaux d’entreprise et des administrations. Mais la technologie peut facilement s’adapter à des magazines spécialisés ou très localisés. Je sens d’ici les infographistes professionnels qui vont l’avoir mauvaise. D’ailleurs, combiné avec un logiciel comme Stats Monkey, on pourrait voir apparaître le premier magazine 100% automatisé en 2010. Brrr…

Voilà, c’est fini pour cette année. Je vous donne rendez-vous l’année prochaine. Pour ceux qui voudrait un bilan 2009 complet de la presse, je vous conseille l’émission d’Intermédias.be intitulée « Bilan 2009, perspectives 2010″.

Crédit photo : zigazou76.

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7 réactions sur “Les expériences journalistiques qui ont marqué 2009”

  • Oui, printcasting est intéressant. Grosse différence avec nous : on ne crée pas de contenus, on ne fait qu’en récupérer (flux RSS) pour les injecter dans un gabarit de magazine.

  • Jean dit :

    Merci pour la mention d’Africascopie :)

    Juste une petite info. Concernant Madmags et dans la même lignée, il y a un projet US similaire qui date de 2008, Print Casting, subventionné par la Knight Foundation.

    http://www.printcasting.com/

    Très instructif en tout cas, ce blog.

    • Jean-Louis Dell'Oro dit :

      Je n’avais pas du tout entendu parler de printcasting. Merci pour le lien et l’information. Décidément, la Knight Foundation semble être au cœur des expérimentations dans les médias aux Etats-Unis.

  • Le Dodo dit :

    Très intéressante rétrospective. Vive 2010 et le renouveau de la presse!

  • Merci pour la citation :) Je rassure les infographistes : on a besoin d’eux car ce sont eux qui réalisent les maquettes !

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