En France, les manifestations et les grèves se suivent mais ne se ressemblent pas, ou presque. Depuis plusieurs semaines, trois grèves se développent en parallèle : aux Antilles, chez les universitaires et chez les salariés du public et du privé en métropole. Ainsi le 29 janvier dernier, entre un et 2,5 millions de personnes ont défilé dans les rues (à quand un décompte fait par les journalistes ?). L’ampleur de la manifestation rappelle ce qui s’était passé en 2003 contre la réforme des retraites ou, plus récemment, en 2006 face au Contrat Première Embauche (CPE).
« Désormais, quand il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit » avait déclaré Nicolas Sarkozy le 5 juillet 2008 devant le conseil national de l’UMP. Certes, il devient rare depuis 1995 de voir des grèves ou des manifestations se prolonger sur plusieurs journées consécutives au niveau national. En outre, les perturbations engendrées sont moins importantes qu’auparavant. On pense notamment aux transports en commun. Mais une nouvelle tendance dans les démonstrations de mécontentement semble se dégager : des manifestations sur 24 heures avec une forte mobilisation et qui se renouvellent au bout de 3 à 4 semaines. En France métropolitaine tout du moins puisqu’à l’heure actuelle la Guadeloupe vit ce qu’on pourrait appeler son « deuxième » Mai 68.
Cette stratégie syndicale a l’avantage d’atténuer la colère de ceux qui sont gênés dans leur travail par les manifestations. Elle s’est aussi imposée en partie du fait de l’évolution d’un certain nombre de contraintes juridiques : modification des retenues sur salaires dans la fonction publique en 2003, service minimum d’accueil dans les écoles et service minimum dans les transports depuis 2008 entre autres. C’est l’une des raisons (mais bien évidemment pas la seule) qui a fait que la journée d’action du 29 janvier a été soutenue par une majorité de sondés (sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd’hui en France). Une stratégie syndicale qui agace le pouvoir. L’empressement de certains ministres à condamner cette manifestation en temps de crise est assez révélateur.
Huit syndicats se sont d’ailleurs mis d’accord pour arrêter une nouvelle date de manifestation le 19 mars prochain, soit un mois et demi après la première journée d’action. Une façon pour les syndicats d’affirmer leur force du moment tout en se montrant de bonne volonté dans les discussions. Cinq d’entre eux sont invités à l’Elysée le 18 février pour entamer les négociations sur l’indemnisation du chômage, le partage des profits au sein des entreprises ou encore sur la diminution des impôts sur le revenu. Le message implicitement envoyé par les syndicats est clair : si dans un mois les négociations patinent, ce sera du côté du gouvernement ou du patronat qu’il faudra jeter un regard oblique et une nouvelle grève sera justifiée. Autre possibilité : les syndicats laisseraient en fait le soin à certains universitaires et étudiants de prendre le relais. Ceux-là même qui ont appelé à une manifestation pour le 19 février, c’est-à-dire le lendemain de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et les organisations syndicales.
Crédit photo : manuel | MC
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