Cette année, les retraites sont à nouveau élevées au rang de grande cause nationale. Le Conseil d’orientation des retraites a déjà trouvé la solution pour sauver le système par répartition : un report de l’âge légal du départ à la retraite et l’allongement de la durée de cotisation. Seul problème : la génération des nouveaux arrivants sur le marché du travail, celle qui sera pourtant la plus mise à contribution, est étrangement absente des négociations. Petit résumé (à peine) imaginaire de la vie qui attend les enfants de la génération baby boom.
La situation actuelle m’amène à pousser une gueulante contre la génération de nos parents, celle des 30 Glorieuses. Mais si, vous savez, la génération qui n’avait que des oranges pour Noël mais qui, avec peu de diplômes, a pu avoir des enfants tôt, un boulot très vite, une voiture et un appartement avant d’avoir 25 ou 30 ans. En face : le désarroi de ma génération qui doit à la fois régler les questions de la préservation de l’environnement, du chômage de masse, de la dette et, donc, des retraites. Voici un petit récit imaginaire de la vie de ceux qui, comme moi, sont nés dans les années 80 et qui approcheront en 2050 de ce qui sera certainement l’âge légal du départ à la retraite d’ici là.
1 jour : naissance et tout le toutim, découverte du monde. Vos parents sont trop heureux pour se rendre compte qu’ils viennent de s’endetter sur 30 ans – et qu’on a déjà du mal à nourrir la planète.
13 ans : premières amours, premières conneries. A mon époque, une clope c’était déjà dingue. Avec le recul, c’était quand même assez « light » par rapport à la coke de maintenant.
15-16 ans : découverte du monde de l’entreprise via les fameux « stages d’observation ». Une manière de vous habituer en douceur à ce qui sera votre argent de poche de demain.
18 ans : vous obtenez avec soulagement votre BAC, sorte de Saint Graal pour vos parents. Pourtant, les taux de réussite n’ont jamais été aussi « impressionnants ». Surtout si on prend en compte les redoublements. Dans les années 60, le bac était une grande affaire, sanctionnait un réel niveau. Ceux qui ne l’obtenaient pas n’étaient pas pénalisés. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pratiquement plus personne ne peut trouver du boulot avec un « simple » BAC. Mais, pire, ne pas l’avoir relève quasiment d’une condamnation à mort pour sa vie de salarié.
18- 23 ans : vous vous prenez dans la tronche toutes les interdictions et les plans de préventions possibles : alccol, cigarette, sexe et bientôt rock’n roll ? Vos parents, qui ont connu Woodstock, sont rassurés pour leurs enfants. Même si l’efficacité de ces mesures est franchement faiblarde.
23 ans-25 ans : tant bien que mal, vous suivez les conseils avisés de vos parents. « Faut faire des études. Avoir un bac + 3 ou + 5. Comme ça, tu seras sûr de trouver du boulot. » Vous êtes encore naïf, vous y croyez. Vous travaillez à côté ou l’été, vous faites la fac (pour les rebuts de la société bien évidemment) ou LA Grande Ecole (la voie royale vers l’emploi mais qui n’est reconnue nulle part ailleurs que dans votre région qui, à l’heure de la mondialisation, s’appelle la France). Premiers stages au cours desquels vous faites généralement le boulot d’un salarié à temps plein (voire plus) pour glaner un peu d’argent de poche. Premières interrogations de vos parents :
- C’est bizarre, tu n’es pas payé ?
- Ben non Maman enfin, c’est pas comme ça que ça marche.
- Mais bon, ça te servira toujours, ils peuvent t’embaucher ensuite tu sais.
- Euh, ça ne fonctionne plus comme ça. C’est la crise tu sais, pas de boulot. Mais ils auront peut être parfois besoin d’avoir du renfort pour des missions à temps (très très) partiel.
- Au moins, ca te donne de l’expérience vis-à-vis des employeurs.
- J’espère bien !
En réalité, les stagiaires font partie d’un véritable système économique pour réduire la masse salariale dans de nombreuses entreprises.
25 ans : vous cherchez votre premier vrai boulot. Fini les études. Enfin. C’est vrai quoi, ça devenait insupportable d’écouter des profs déblatérer leur vision du monde du travail. Un monde qu’ils n’ont plus connu depuis (ô surprise) les premières grosses secousses économiques.
Bref, vous cherchez à arrêter de vivre au crochet de vos parents (génération Tanguy forcée). Vous, vous devriez quand même trouver, vous avez fait des études (sic). Premier entretien :
- Hum, moi je veux bien vous savez mais je ne suis pas le seul à décider.
- Je m’adapte très vite, je suis motivé.
- Vous avez un bon CV mais vous manquez quand même d’expérience.
- Il est vrai qu’on peut difficilement associer études et travail dans la même branche. Mais j’ai quand même fait pas mal de stages dans de bonnes entreprises.
- Ah oui, mais les stages, ça ne compte pas vraiment, hein.
- Donnez moi une chance sur au moins un mois ou deux en période d’essai. Vous ne prendrez pas un gros risque comme ça.
- Je veux bien mais avec la conjoncture actuelle, comprenez qu’il n’y a pas de création de poste prévue pour le moment. Par contre je peux vous proposer un stage.
28-30 ans : vous trouvez votre premier emploi « stable », souvent relativement loin de chez vous. Votre moitié aussi. Vous vous installez ensemble dans votre nouvel appartement, à 20 km chacun de votre travail.
35 ans : c’est l’heure de se marier et d’avoir un enfant. Vite, vite.
45 ans : divorce.
55 ans : vous réalisez que vous ne pourrez jamais payer à vos enfants les mêmes études que celles vous avez faites. Vous venez d’ailleurs d’être viré après plus de 10 ans de bons et loyaux services dans la même boîte. Vous êtes devenus trop vieux pour votre employeur. Avec un peu de chance, vous enchaînez des boulots sans aucun lien avec votre formation ou votre expérience.
75 ans : vous atteignez péniblement l’âge de la retraite avec une pension à taux plein.
77 ans : mort à la suite de (au choix, rayez les mentions inutiles) : crise cardiaque, cancer des poumons, de la prostate, de la peau, nouvelle maladie inconnue, vieillesse.
Crédit photo : chrisbastian44 / Flickr
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